LA T?L?-M?DECINE EN M?DECINE V?T?RINAIRE?

Le concept de la télémédecine ou télésanté ne date pas d’hier. Cependant, pour des raisons de santé publique (diminution des contacts) la télémédecine est revenue au premier plan de l’actualité. Autant en médecine vétérinaire qu’en médecine humaine. Parfois de fa?on un peu négative. On se rappelle qu’au mois d’avril 2021, le collège des médecins avait fait les manchettes en rappelant à l’ordre les médecins de famille. Selon le collège, à cause du recours excessif à la téléconsultation trop de patients étaient dirigés aux urgences sans avoir été vus par leur médecin de famille.

COMMEN?ONS PAR LE B.A.-BA : C’EST QUOI EXACTEMENT LA T?L?M?DECINE

Premièrement, on va démêler les termes.

Au lieu de télémédecine, on devrait parler de télésanté.

Le terme télésanté englobe tous les usages des différentes technologies pour offrir à distance de l’information portant sur la santé, l’éducation ou des soins.

·  LA T?L?SANT? COMPREND :

·      La télémédecine

La définition de la télémédecine acceptée par l’Association canadienne des médecins vétérinaires (ACMV) et le Conseil canadien des registraires vétérinaires (CCRV) est la prestation de conseils et de traitements médicaux vétérinaires spécifiques pour un ou plusieurs animaux d’après le diagnostic d’une maladie, affection ou blessure établi à distance en utilisant des moyens de télécommunications, sans qu’un examen physique par le médecin vétérinaire soit réalisé.

Pour ce faire, une relation vétérinaire client patient (RVCP) est obligatoire.

?a signifie que le vétérinaire doit conna?tre et avoir vu auparavant, l’animal et son propriétaire.

La télémédecine est un outil qui peut être utilisé par le vétérinaire. Elle ne remplace pas la médecine vétérinaire conventionnelle.

·      Télétriage/téléconseil

Dans ce cas, il n’y a pas de RVCP et le vétérinaire offre des conseils généraux et des opinions sur l’urgence d’un cas.

Il n’y a pas de diagnostic d’émis, ni de pronostic ou de traitements.

Un bon exemple serait un propriétaire d’oiseau qui aurait des questions sur l’alimentation ou les conditions de garde en captivité. Un autre exemple, un chien très malade qui sera dirigé vers son vétérinaire local ou au centre d’urgence.

·      Téléconsultation

Lorsqu’un vétérinaire communique avec un spécialiste avec des outils de télésanté afin d’obtenir son opinion sur un cas.

Exemple classique : lorsqu’on envoie des radiographies aux radiologues. ?a se fait depuis plus de 30 ans.

·      Télémonitorage

Lorsqu’un patient est suivi à distance. On peut penser aux glucomètres qui sont installés pour suivre la glycémie de patients ou des harnais qui vont enregistrer les données cardiaques d’un patient.

Pendant la pandémie, certains ordres professionnels au Canada ont permis la télémédecine sans RVCP, dont l’Ordre des médecins vétérinaires du Québec.

AVERTISSEMENT IMPORTANT

Au Canada, pour pratiquer la télémédecine, le vétérinaire doit être licencié dans la province où se trouve l’animal.

Donc, je ne pourrais faire de la télémédecine avec un animal qui réside en Ontario, car je n’y suis pas licencié. Encore moins en France ou en Belgique.

C’est une information qui est très importante pour les propriétaires d’animaux de compagnie, car si jamais un pépin survenait, il n’y aurait aucun recours contre le vétérinaire, car les différents ordres professionnels n’ont aucun pouvoir dans les autres provinces.

QUELLES SONT LES LIMITES DE LA T?L?SANT?

  • Il est parfois très difficile de porter un diagnostic sans un bon examen physique (peut être frustrant pour le propriétaire qui consulte).
  • Plusieurs problèmes ne peuvent être résolus en télémédecine : diarrhée hémorragique aigu?, accident d’automobile…
  • Absence d’outils diagnostiques : radiologie, auscultation, prise de sang… On est plus en mode médecine symptomatique.
  • Technologie : Afin d’avoir une image précise qui ne ? pixelise ? pas ou qui ne gèle pas, l’internet haute vitesse est indispensable. Il y a encore beaucoup de régions au Canada où elle n’est pas encore disponible.

LA T?L?SANT? EST-ELLE POPULAIRE EN M?DECINE V?T?RINAIRE??

Durant les périodes les plus strictes du confinement, plusieurs établissements vétérinaires québécois ont offert ce service.

Cependant, depuis que les gens peuvent retourner en présentiel chez leur vétérinaire, ce service est de moins en moins utilisé.

La principale contrainte associée à ce service est le manque de personnel. Autant des vétérinaires que des techniciennes en santé animale.

Tant que cette situation ne sera pas réglée, l’utilisation de la télésanté vétérinaire restera marginale, tout au moins au Canada.

C’est dommage, car elle pourrait être très utile pour des populations éloignées des grands centres comme dans le nord du Québec où l’offre des services vétérinaires est très limitée, voire absente.

R?F?RENCES

?noncé de position de l’Association canadienne des médecins vétérinaires

https://www.veterinairesaucanada.net/documents/telemedicine-position-statement

Qu’est-ce qu’une relation M?DECIN V?T?RINAIRE-CLIENT-PATIENT (RVCP)??

https://www.omvq.qc.ca/conseils-pour-vos-animaux/information-generale/1056-17-quest-ce-quune-relation-medecin-veterinaire-client-patient-rvcp-.html

Veterinary telehealth: The basics

https://www.avma.org/resources-tools/practice-management/telehealth-telemedicine-veterinary-practice/veterinary-telehealth-basics

LA P?NURIE DE M?DECINS V?T?RINAIRES AU CANADA

?a fait des années que la pénurie de vétérinaires, principalement au Québec, est soup?onnée.

Dans notre ancienne vie (pré-COVID-19), c’était un sujet qui était souvent abordé lors de congrès et de colloques vétérinaires. Mais nous n’avions pas de preuves tangibles de cette possible pénurie.

Au mois de mai 2020, le verdict est tombé.

Un rapport sur l’étude de l’effectif vétérinaire publié par L’Association canadienne des médecins vétérinaires (ACMV) a démontré qu’il y avait bel et bien une pénurie de vétérinaires au Canada.

Y A-T-IL DES PROVINCES O? LA P?NURIE EST PLUS MARQU?E??

Selon l’étude, c’est surtout au Québec que la pénurie de médecins vétérinaires, mais aussi de techniciennes en santé animale est la plus marquée.

Beaucoup de postes sont vacants pour plus de 6 mois.

Une vétérinaire m’a confié chercher un vétérinaire depuis 2 ? ans. Plusieurs propriétaires de clinique m’ont confirmé.e.s que le recrutement de médecins vétérinaires est très difficile.

C’est au Québec et en Saskatchewan que le nombre de postes vacant est le plus élevé.

Certaines provinces comme le Québec, la Colombie-Britannique et la Saskatchewan, montrent des signes aigus de capacité maximale atteinte ou dépassée.

Y A-T-IL DES R?GIONS PLUS ATTEINTES QUE LES AUTRES??

Dans presque toutes les provinces, il y a des preuves de pénurie de médecins vétérinaires dans les communautés ou régions éloignées. Dans certains cas, c’est à cause d’un manque de patients qui ne permet pas un revenu suffisant. Par ailleurs, le bassin de candidats potentiels est également affecté par la capacité du partenaire du ou de la vétérinaire à trouver un emploi rémunérateur dans les communautés éloignées.

Mais j’ai re?u des témoignages de vétérinaires qui m’ont mentionné que même dans de grands centres comme à Montréal, ce n’était pas facile d’engager des médecins vétérinaires ou des techniciennes en santé animale.

Y A-T-IL UNE P?NURIE DANS TOUS LES SECTEURS DE LA M?DECINE V?T?RINAIRE??

La pénurie est particulièrement sérieuse dans le domaine des animaux de compagnie et les équins.

Cependant, le ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec [MAPAQ] a produit le Portrait 2018 et 2019 des services vétérinaires dans le domaine bioalimentaire québécois pour les secteurs aviaire, bovin, caprin, ovin et porcin : une des conclusions de ce rapport était que les futurs vétérinaires sont très peu nombreux à choisir ce type de pratique

Donc, c’est assez répandu. Même des organismes gouvernementaux ont de la difficulté à trouver de nouvelles recrues.

COMMENT EXPLIQUER CETTE P?NURIE??

Comme c’est le cas dans bien des phénomènes, les causes sont multiples. Voyons brièvement les principales.

Le taux de croissance annuel composé (TCAC) des médecins vétérinaires est de 2,4 % au Canada depuis 2015.

Mais il varie d’une province à l’autre : il est de moins de 2 % en Alberta, au Québec et au Manitoba.

L’étude mentionne que le taux de croissance est particulièrement préoccupant au Québec puisque c’est la 2e province la plus populeuse et il est essentiel de recruter des médecins vétérinaires qui s’expriment en fran?ais.

Les cinq écoles vétérinaires canadiennes fournissent un bassin de 350 vétérinaires chaque année, dont 60 % ont l’intention de commencer à pratiquer immédiatement après l’obtention de leur dipl?me. Cela signifie qu’en réalité chaque année, 210 nouveaux médecins vétérinaires se joignent au marché du travail… pour tout le Canada. Ce n’est vraiment pas beaucoup.

La promotion 2019 représentait 2,9 % de la population vétérinaire totale, comparativement à 3,3 en 2015.

Comme le taux de retraite des médecins vétérinaires est de 3 %, les facultés canadiennes arrivent à peine à fournir assez de médecins vétérinaires pour remplacer ceux qui partent à la retraite.

Autre point à considérer, le travail à temps partiel est plus répandu chez les vétérinaires plus ?gés que chez les jeunes vétérinaires. Or à cause du vieillissement général de la population et conséquemment des médecins vétérinaires, ceux qui sont à l’aube de leur retraite ont tendance à travailler moins.

En plus de tout cela, il y a une plus grande demande pour les services vétérinaires au Canada. Particulièrement dans le domaine des petits animaux. Cette demande accrue peut être expliquée par :

  • Une croissance de la population et des ménages.
  • Une augmentation de la population animale, surtout les chiens (accentuée depuis le début de la pandémie).
  • Une augmentation du revenu familial disponible.

CONS?QUENCES DE CETTE P?NURIE??

Cette pénurie a des conséquences sur les animaux de compagnie, les propriétaires d’animaux de compagnie et les médecins vétérinaires eux-mêmes.

            Animaux et propriétaires

  • ?a peut être un peu plus long avant d’obtenir un rendez-vous chez son vétérinaire, particulièrement pour les procédures jugées non essentielles.
  • Cette pénurie cause de l’anxiété chez les propriétaires d’animaux de compagnie.
  • Dans certaines régions, comme dans Pontiac, il n’y a pas de vétérinaires équins et les propriétaires de chevaux malades doivent faire des heures de route afin de faire soigner leurs animaux.

            Vétérinaires

  • Situation assez semblable à ce que vivent les gens qui travaillent dans le domaine de la santé humaine : infirmières, préposés aux bénéficiaires, médecins, etc.
  • Selon l’Ordre des médecins vétérinaires du Québec (OMVQ), 87 %, des vétérinaires se disent à bout de souffle. C’est très inquiétant, car on doit s’attendre à des cas d’absence à cause d’épuisement professionnel, ce qui va empirer la pénurie.
  • En 2017, un sondage réalisé sur 1403 vétérinaires canadiens a démontré qu’en 2016, 26 % d’entre eux avaient songé au suicide.

QUELLES SONT LES SOLUTIONS POUR CORRIGER LA P?NURIE??

Ce n’est pas simple, mais il existe il des pistes de solutions. 

Les auteurs de l’étude de l’ACMV font quelques recommandations.

  1. ?tablir une stratégie à long terme pour accro?tre la population vétérinaire canadienne de 3,5 à 4,0 % par année est nécessaire.
  • Puisque les facultés canadiennes parviennent à peine à fournir la demande, il va falloir envisager d’aller puiser encore plus dans le bassin des vétérinaires formés à l’étranger.

Puisque c’est au Québec que la situation est la plus préoccupante et que les exigences linguistiques limitent le recrutement de vétérinaires formés à l’étranger, l’ACMV et les différents intervenants du milieu devraient évaluer la possibilité de partenariat avec les écoles vétérinaires francophones à l’étranger

  • Une augmentation des dipl?més vétérinaires au Canada. Particulièrement à Saint-Hyacinthe, serait souhaitable.

D’ailleurs, en collaboration avec l’Université du Québec à Rimouski, la doyenne de la Faculté de médecine vétérinaire de l’Université de Montréal, la docteure Caroline Théorêt a commandé une étude de faisabilité afin d’offrir à Rimouski un programme délocalisé de médecine vétérinaire. 

C’est un bon début, mais cette initiative vise principalement à combler la pénurie de médecins vétérinaires en région particulièrement dans le domaine des grands animaux.

C’est une action louable, mais si le gouvernement est d’accord avec le projet de la Dre Théorêt, la première cohorte commencera en 2022. Donc, les premiers dipl?més de ce programme feront leur entrer sur le marché du travail en 2027… 

LES PROPRI?TAIRES OU FUTURS PROPRI?TAIRES D’ANIMAUX DE COMPAGNIE DOIVENT-ILS CRAINDRE CETTE P?NURIE??

Non. Premièrement, la pandémie va finir par finir… enfin, on le souhaite et il y aura des assouplissements des demandes de la santé publique faites aux établissements vétérinaires. ?a va atténuer les effets de la pénurie.

Tous les animaux qui sont malades vont continuer d’être vus assez rapidement. Si ce n’est pas votre vétérinaire local, par votre service d’urgence.

Par contre, compte tenu de la situation, vaut mieux ne pas attendre à la dernière minute pour consulter.

L’histoire nous indique que la communauté vétérinaire est très résiliente et trouve constamment des solutions afin de préserver le bien-être et la santé de ses patients. Alors, ne perdez pas confiance.

LE MOT DE LA FIN

Pour bien réaliser leur travail et pouvoir traiter les animaux de compagnie canadiens, les médecins vétérinaires ont besoin de la compréhension et de la patience de la population. La prochaine fois que vous verrez votre vétérinaire, dites-lui combien vous êtes sensibles à son dévouement envers la santé et le bien-être animal. 

La canicule et les animaux de compagnie

De ces temps-ci, on parle beaucoup des chiens qui ont été ??oubliés?? dans des voitures en plein soleil. Quelle tragédie?! Cependant, tous nos animaux de compagnie souffrent des grandes chaleurs de l’été, sans nécessairement mourir dans une voiture surchauffée. Voici quelques conséquences.

  • Au-delà de 25?C, le lapin ne se sent pas bien.
  • Les reptiles qui en général aiment bien la chaleur vont parfois cesser toutes leurs activités en périodes de canicule.
  • Les chiens à nez plats, comme les Carlins, les Pékinois et les Bulldogs, sont plus susceptibles de souffrir de problèmes liés à la chaleur.
  • Quand il fait trop chaud, les oiseaux peuvent développer de la difficulté respiratoire, ils gardent leurs ailes écartées du corps, et ils évitent de bouger inutilement.

Alors, que faire lors de canicule??

  • ?vitez de faire des balades avec vos chiens et n’incitez pas vos animaux à jouer.
  • Si votre logis est climatisé, gardez vos animaux à l’intérieur.
  • S’il ne l’est pas, aérez-le bien. Utilisez un ventilateur pour favoriser la circulation de l’air. Tirez les volets.
  • De l’eau fra?che devrait être disponible en tout temps. Changez l’eau fréquemment.
  • On peut même préparer des gla?ons faits avec du bouillon de poulet et les offrir à nos chats et nos chiens.
  • Offrez beaucoup de légumes verts frais à vos lapins et à vos oiseaux.
  • ?teignez les sources de chaleur des terrariums de vos reptiles.
  • Vous pouvez même humidifier vos animaux, en les vaporisant avec de l’eau fra?che. Bon été.2016-01-08 08.36.28